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ETAT DES RESSOURCES EN SOLS  

Grands traits des sols de Tunisie

 Des sols anciens, liés à des pédogenèses successives du quaternaire, montrant l'importance du calcaire et d'une matière organique très évoluée (paléosols du nord, du centre et sud du pays).
 Des sols qui subissent actuellement plus de morphogénèse que de pédogénèse liée à l'action anthropique et naturelle (lors des événements exceptionnels) avec des tendances récentes vers la bonification.
 L’ancienneté de l'occupation :

- ceux occupés par la forêt, les monts du kroumerie du Nord, (Jendouba, Béja, le Kef) des hauts plateaux de la Dorsale et Cap Bon (Siliana, Kasserine, Kairouan, Zaghouan, Nabeul) .
- ceux occupés par les grandes cultures (essentiellement céréalières) Nord de la Dorsale (6 gouvernorats)

.

- ceux occupés par l'arboriculture (avec dominance de l'olivier) au Nord mais également toute la Tunisie du Centre Est et Sud Est. L'aridoculture se développe sous l'isohyète 200 mm (techniques - culturales appropriées, supplémentation d'eau de ruissellement sur des sols arides).

- ceux occupés par les oasis dans les régions présahariennes (Gafsa - Tozeur - Kébili - Régim Maâtoug).
- ceux occupés par les parcours extensifs et steppes.

 

Les ressources en sols

A côté de cette originalité et ancienneté dans l'occupation des sols le potentiel pédologique se distingue par de grands systèmes morphopédologiques et morphoclimatiques sur environ 900 km de long et 200 km de large en moyenne.

- Les différents systèmes:

- le système atlasique et tellien : montagnes et plateaux du Nord et de centre- ouest (dorsale).
- le système littoral NE au SE (Bizerte - frontière libyenne) : glacis et plaine.
- le système saharien et présaharien : dépressions fermées salées, plateaux pierreux, cordons dunaires (Erg).

Au sein de ces 3 systèmes, les grandes unités de sol (tableau 1) se répartissent en fonction des composantes climatiques très contrastées (Nord plus arrosé, centre et sud plus arides), des roches-mères dont les formations carbonatées sont dominantes (calcaire, marne) et de la végétation naturelle steppique dans la plupart des cas.

- Caractéristiques pédologiques des systèmes précédents.

Les traits pédologiques des unités de sols qui reflètent les différentes évolutions subies au quaternaire (pédogenèse) apparaissent dans l'importance de la profondeur, la richesse en matière organique, la bonne structuration verticale et l'absence des contraintes comme les éléments grossiers (cailloutis, gravillons), la salure et la pente.
Les cartes pédologiques de la Tunisie au 1/500.000 et 1/3.000.000 (Ministère de l'Agriculture) servent de documents de référence dans la dénomination des grands ensembles de sols (système de classification) et permet de dégager le degré d'évolution et l'ancienneté des pédogénèses.

Système 1 :

- Sols brunifiés lessivés (parfois podzolisés) et sols à mull : ce sont les sols forestiers du Nord (domaine de l'humide et du sub-humide).

- Sols carbonatés (calcimagnésiques) qui épousent régulièrement une roche-mère calcaire et où l'épaisseur de la couche meuble est variable selon la morphologie générale et renferment des horizons encroûtés ou des éléments grossiers calcaires (Dorsale).

- Les sols méditerranéens rouges (fersiallitiques) se développent sur les versants et les collines calcaires.

- Les vertisols topomorphes et lithomorphes, dans les dépressions et les plaines intérieures, caractérisées par l'importance d'argile gonflante (montmorillonite) de couleur noirâtre (teneur élevée en matière organique).

- Les rendzines sur croûtes calcaires et colluvions des piémonts (riches en matière organique mais épaisseur très faible du sol) . Ce type de sol est associé à d'autres unités et peut se rencontrer un peu partout sur les reliefs du Nord et du Centre du pays.

- Sols alluviaux (peu évolués d'apport) qui montrent l'importance de l'épaisseur de la couche meuble, parfois supérieure à 2 m. Ils tapissent les larges vallées des grands bassins versants et leurs affluents : Mellegue, Mejerda, Tassaa. Ces sols d'apport subissent des processus de salinisation dans les zones avales comme dans la basse vallée de la Mejerda (Mornaguia, Kalaat Landalous) ou le long de la plaine de Beni-Khiar -Kélibia.

Système 2 :

- Les sols salins occupent les dépressions (basse vallée de la Mejerda, Ariana, Bouficha) et les principales sebkhas telle que, Kelbia, Sidi el Hani, Monastir, el Gharra et Charita (région de Souassi) et se développent sur un matériau alluvionnaire et des terrains mio-plio-quaternaires formés en grande partie par des marnes, des argiles gypsifères et des sables. L'apport d'eau, chargée en sels de lessivage, et une sédimentation assez fine forment les principaux processus des zones semi-endoriques et endoriques de ces unités.

- Les sols marginaux salés des bordures de sebkhas (lunettes et accumulation sableuse) : restent moins salins à cause des apports sableux et sablo-limoneux. La drainabilité et l'infiltrabilité des sols de Sebkha ou de Garaa sont lentes et restent liées à la texture fine quasi-permanente dans les zones centrales. Une nappe phréatique chlorurée sodique est aussi observée dont le régime est très dépendant des saisons. Plus la nappe est profonde, plus elle est salée. Généralement, elle se situe entre 0.8 m et 1.20 m et des phénomènes d'hydromorphie apparaissent par le gley ou le pseudo-gley (tâches rouilles de couleur ocre jaune).

- Les sols isohumiques sont des sols de couleur brune avec une texture à dominante grossière. Ils sont assez profonds, avec des teneurs en matière organique variables, de 1,5% à 0,5%. Sur les plateaux de Sidi Bouzid ou de Sfax, ils surmontent des encroûtements calcaires et sont associés aux sols calciomagnésiques. Ce sont des sols qui se développement sur de grandes surfaces, essentiellement dans les Basses Steppes, le Sahel et la région de Sfax (Centre, Centre - Est).

- Les sols calcimagnésiques, alluviaux, salés et bruts d'érosion, se partagent à part presque égale le Sud - Ouest de la Dorsale et les Hautes Steppes de la région de Kasserine : vallées, versants, glacis et plateaux généralement à nodules et croûtes calcaire ou gypseuse. Plusieurs surfaces de ces dernières unités ont été récupérées pour l'arboriculture fruitière en système pluvial en pratiquant le décroûtage et le sous-solage des horizons indurés.

- Les sols subdésertiques de la plaine de la Jeffara qui s'étend d'Oued el Akarit au Nord jusqu'à la frontière libyenne au Sud - Est. Evoluant d'Ouest en Est selon deux compartiments distincts (Haute Jeffara, Basse Jeffara et le sous-ensemble de la plaine d'El Ouara au Sud), elle est entaillée par les principaux oueds qui drainent les eaux des monts de Matmata.

- Les sols loessiques (sierozems et régosols) des monts des Matmata et leurs bordures de même que ceux de Segui Gafsa, se développent sur une roche-mère d'origine éolienne qui a subi pendant le Quaternaire moyen et récent un remaniement et une pédogénèse assez prononcée (accumulations calcaires sous forme de nodules et encroûtement). Ce sont des sols profonds occupant les versants, les vallées et les grandes dépressions intérieures (Techine, Beni Kheddache, Beni Zeltene) et même les glacis de raccordement et les plaines avoisinantes de la Jeffara vers l'Est. Les caractéristiques morpho-analytiques montrent
l'importance des sables fins, des limons grossiers et une mauvaise stabilité structurale (importance des processus des ravines et des entailles profondes). L'exploitation et l'utilisation des sols loessiques sont anciennes (Jebalias) en système de Jessours (ouvrage de retention de la terre et de l'eau) occupés par les arbres fruitiers, oliviers et légumineuses.

- Les sols peu évolués d’apport fluviatile ou éoliens forment les meilleures terres agricoles du Sud Ouest (sols d'oasis) et des nouveaux périmètres irrigués. En effet le matériau est de texture sablo-limoneuse à sableuse profond (> 1.50 m) et où la matière organique peut dépasser le taux de 0,5%. Des accumulations gypseuses peuvent apparaître à moyenne profondeur (40-60 cm) et l'encroûtement gypseux de nappe est omni présent aux périphéries de Garaât et de Chott, marquant l'existence d'une nappe (1m - 1.20 m). Il va de soi qu'une salinité apparaît de haut en bas, variable selon les modes de culture. Ces sols dans leur majorité présentent des caractères d'hydromorphie et de salinité : Nefzaoua, Régim Maâtoug, Jerid, Gafsa.
 

Tableau 1 ESTIMATION DES GRANDES UNITES DE SOL
ET LE POTENTIEL DES TERRES ARABLES


UNITE DE SOL

Surface Totale

Potentiel (*) des terres arrables

Terres arables
surface totale %

Terres arables
par rapport aux
unités %

 
( H a )
   

- Lithosols

2.196.945

-

0

0

- Sols peu évolués et alluviaux, régosols

2.179.865

1.264.320

7.7

57.9

- Sols calcimagnésimorphes

2.395.023

1.046.400

6.3

43.6

- Vertisols

236.527

188.900

1.5

79

- Sols bruns avec association

3.627.000

813.300

5.0

22.4

- Sols rouges et châtins

90.354

49.600

0.1

55

- sols salés et hydromorphes

1.510.813

145.900

0.9

9

                       Total

12.236.527

3.508.420

21.5

-


Système 3 :

- Les sols halomorphes (solontchak, solonetz) se développent dans les grandes dépressions - Chott Jerid, Chott Gharsa - les nombreuses Sebkhas et Garaâts formant les exutoires des principaux bassins versants du Dahar et de la Jeffara. Ils forment de grandes surfaces de croûte saline (saison sèche) ou de zones macécageuses (saison fraîche) avec apparition d'une nappe sub-superficielle. Des concentrations de gypse peuvent être également observées à 40-60 cm. La périphérie de ces unités (200 à 500 m) est occupée par des accumulations éoliennes à végétation halophyte qui servent de parcours.

- Les sols sableux et dunaires des plateaux et de l'Erg Oriental. Les sables de cette dernière unité se distinguent par leur taille (sables grossiers ferruginisés) et l'immensité des ensablements dunaires (morphologie de Barkhanes, Dunes, Shan interdunes). Ils forment des parcours désertiques. Les sols sableux des plateaux (Dahar, périphérie des chotts) ont par contre un matériau plus fin (sables fins), blanc, ocre jaune, peu structuré. C'est le résultat d'une désagrégation mécanique et chimique d'un matériau gypseux ou loessique (loess saharien à nodules calcaires). Ils surmontent des assises consolidées (croûte gypseuse ou calcaire) avec une faible épaisseur, et forment ainsi des secteurs et des parcours très sensibles à cause du surpâturage ou de la céréaliculture épisodique au cours d'années pluvieuses.

- Les sols caillouteux, dénommés aussi sols minéraux bruts, sont tous les sols où les éléments grossiers dépassent largement 70% : colluvions ou alluvions grossières de fond de vallée. Ils sont considérés comme lithosols ou régosols quand la matrice comprend plus d'éléments fins. Ces sols subissent l'impact des processus éoliens (déflation) ou fluviatiles (désagrégation) et occupent considérablement le Dahar, les versants des chaînons de bordure (Chareb, Matmata).

 

Comment apparaît la vocation régionale des terres ?

Introduction

Partant des principaux facteurs physico-chimiques du sol comme la texture, la profondeur et la matière organique en l'absence de contraintes telles que la pente, la salure, les éléments grossiers, le sol reste dépendant des données climatiques et principalement des précipitations. Son utilisation en sec est liée à la réserve hydrique et suit par conséquent les principaux étages bioclimatiques.

- Le Nord avec 3 étages bioclimatiques (humide, sub-humide, semi-aride), renferme les principaux sols fertiles de la Tunisie où apparaît :

  Le croissant céréalier (Béja, Jendouba, Le Kef, Siliana, Bizerte).
 L’arboriculture fruitière : surtout agrumes, vignoble et oliviers.

- Le Centre à bioclimat aride mais qui subit les influences maritimes littorales montre l'importance de l'olivier et des arbres fruitiers mais aussi des steppes sur des sols profonds avec une texture à dominante sableuse.

- Le Sud, à partir de l'isohyète 200 mm (ligne Sfax-Gafsa) : la nature des sols est étroitement liée aux données géomorphologiques (collines, plateaux, dépressions et plaines littorales). Les sols les mieux appropriés pour l'aridoculture, sableux à sablo-limoneux (arbres fruitiers et oliviers) bénéficient des influences littorales ou des aménagements hydrauliques (petite hydraulique, jessours) permettant à la fois de lutter contre l'érosion hydrique au cours des années humides ou d'avoir une supplémentassions en eau dans le cas contraire. La salure, l'hydromorphie, la présence des croûtes gypseuses et calcaires, la mobilité des sables constituent les facteurs limitant pour le développement des sols et de l'agriculture pluviale en général, le reste des surfaces sont les domaines d'anciens parcours à espèces adaptées au milieu.

Etat et bilan des ensembles des terres (Travaux de cartographie et de statistiques agricoles Ministère de l'Agriculture).

Sur les 16.415.000 d'ha de superficie totale, la Tunisie compte actuellement environ :

- 5.000.000 ha (soit 30% de la surface totale) qui se répartissent comme suit :

1.300.000 pour les cultures annuelles en moyenne, peut atteindre 1.667.000 (1992,93).
2.000.000 pour les cultures arbustives.
1.400.000 pour le maraîchage et friche

- 1.000.000 ha pour les maquis et parcours forestiers dont 680.000 de forêt.
- 6.000.000 ha terres de parcours (ressources en diminution).
- 600.000 ha de terre pour la steppe d'alfa (ressources en diminution).
- 5.015.000 ha (soit 30% de la surface totale) de terres inaptes composées de sols minéraux bruts et sols salés : erg - regs - sebkha - chott - lacs salés (garaât).

Carte des systèmes écologiques

Pour se situer du point de vue écologique et pour mettre en valeur le caractère fragile de notre patrimoine sol, il est nécessaire de rappeler que les zones arides (zone saharienne non comprise) se développent sur 6.290.000 ha où les processus de pédogenèse sont quasiment absents. D'après la carte de la désertification centre - sud tunisien, on évolue à:

+ 12% zones très dégradées;
+ 40% zones moyennement dégradées (avec actuellement des actions de corrections).
+ 17% zones faiblement dégradées.

Quant aux zones désertiques, elles occupent à elles seules 3.330.000 ha (20% de la surface totale).

Sensibilité et vulnérabilité des sols : diagnostic de la pression sur les terres.

L'ancienneté de l'occupation des sols et l'active pression humaine sur les terres sont incontestables. Elle prend ses racines sur plus de 3.000 ans (Grenier de Rome). L'espace des cultures s'est développé largement au dépend des terrains forestiers et de parcours. La situation s'est aggravée depuis les années 60 (accroissement démographique et urbanisation galopante). L'extension des emblavures en Tunisie centrale et celle de l'arboriculture sur des sols parfois peu fertiles et à contraintes (pente, texture peu riche en matière organique) associée à des pratiques culturales peu judicieuses (assolements inadéquats, mécanisation des labours, défrichement) rendent ces terres très vulnérables devant les processus hydriques et éoliens.

REPARTITION DES SUPERFICIES DES CULTURES SELON TYPE DE CULTURE

Unité : 1000 Ha

 

Céréales

Légumineuses

fourrages

Cultures Maraîchères

Cultures Industrielles

Autres Cultures

Arboricultures

Total

Sup

%

Sup

%

Sup

%

Sup

%

Sup

%

Sup

%

Sup

%

100

1530.7

37.5

102.0

2.5

219.3

5.4

157.3

3.9

23.5

0.6

11.6

0.3

2036.3

49.9

4080.6

Source : Ministère de l’Agriculture – Enquête structure 1994


Les Surfaces agricoles plantées ou occupées en Tunisie (ha)