Après trois décennies d'efforts de développement économique et
social, la Tunisie, consciente de la fragilité de ses ressources
naturelles renouvelables et non renouvelables et des atouts de son
potentiel humain une fois valorisé, s'est rendue progressivement à
l'évidence que par la persistance des problèmes de dégradation
quantitative et qualitative de ce patrimoine biologique, l'oeuvre de
développement économique et social est annihilée même si entre-temps
des chiffres records de croissance économique éphémère ont été
enregistrés.

C'est
dans le cadre de ces préoccupations, fortement prises en compte
surtout depuis le changement que la Tunisie a fondé une politique
globale dans le domaine de l'environnement et du développement
durable qui considère le développement économique et social et la
protection de l'environnement des facteurs complémentaires du
processus de développement du pays.
La
politique volontariste de protection de l'environnement menée par la
Tunisie a été toujours fondée sur des programmes concrets et
pratiques d'amélioration des conditions et de la qualité de la vie
en zone urbaine et rurale et sur des interventions ciblées en
matière de gestion rationnelle et de conservation des ressources
naturelles. Les acquis de cette politique dans les domaines de
l'assainissement urbain, de l'embellissement des villes et surtout
de conservation des ressources naturelles terrestres, marines et
côtières sont remarquables et tangibles.
Garantir la durabilité de ces acquis à travers l'intégration
graduelle des préoccupations et actions environnementales dans les
activités de développement aussi bien sur le plan sectoriel que
territorial d'une part, et assurer, par des moyens adéquats un
partage plus équitable des fruits de la croissance économique
d'autre part, étaient un objectif constant de toutes les stratégies
sectorielles et régionales du développement économique et social.
L'identification
de moyens appropriés et d'outils adaptés visant l'amélioration des
conditions sociales et la lutte contre la pauvreté et l'exclusion
sociale étaient la pierre angulaire de cette politique volontariste
de développement économique et social qui veille à répartir le plus
équitablement possible les fruits de la croissance économique à
l'ensemble des composante de la société tunisienne; cette approche
est considérée essentielle pour asseoir le climat social approprié à
l'encouragement des investissements nationaux et étrangers dans les
secteurs économiques, garantie de taille pour une économie dynamique
et performante créatrice de nouvelles richesses et des mécanismes
d'autofinancement.
L'originalité de
l'approche tunisienne en matière sociale pour créer les conditions
propices pour un développement durable et équitable réside dans la
consécration des valeurs de la solidarité entre les tunisiens pour
augmenter le volume des transferts sociaux sans alourdir le budget
de l'Etat qui reste principalement réservé à satisfaire les besoins
financiers des plans de développement économique et social et à
l'intégration de l'environnement dans le développement en appui à
l'effort du secteur privé de plus en plus actif dans le financement
de l'économie nationale.
Sur cette base,
des principes d'action visant le développement durable à travers
l'encouragement des approches sectorielles d'intégration de
l'environnement dans le développement ont été introduits dans le cadre
du programme d'action national de l'environnement et du
développement (Agenda 21 National) élaboré depuis 1996. Une partie
des actions proposées par ce programme fût inscrite et mise en œuvre
dans le cadre du 9ième plan de développement économique
et social (1997-2001).Le 10ième plan( 2002-2006) avait
consacré son chapitre V au développement durable visant (i)une
meilleure cohésion entre les besoins du développement et
l'aménagement du territoire,. (ii) une protection effective des
ressources naturelles et une lutte efficace contre la
désertification,(iii) une lutte ciblée contre les pollutions pour
améliorer la qualité de la vie et (iv) une meilleure participation
du domaine de l'environnement au développement économique et social
nationalement et localement.
La vision commune
pour le développement durable adoptée par la CNDD en 2005 constitue
par ailleurs la plateforme consensuelle pour l’élaboration de la
stratégie nationale du développement durable, cette vision a été
également mise à profit dans le cadre du processus d’élaboration du
11ème plan de développement économique et social (2007-2011) démarré
au cours de 2006. Ce processus, conduit aussi bien à l’échelle
nationale et sectorielle qu’à l’échelle (régionale) des
gouvernorats, a permis dans une première étape, d’élaborer le
document d’orientation pour le 11ème plan de développement
(2007-2011) et pour la décennie (2007-2016).
Pour bien tenir
compte des exigences de la durabilité du développement lors de
l’élaboration du 11ème plan de développement, deux processus
participatifs d’explication, d’échange et de proposition d’action
ont été conduits aux niveaux des régions à l’échelle nationale.
Au niveau
national, la préparation du 11ème plan en matière de développement
durable a été effectuée à travers l’organisation de la conférence
nationale de consultation sur le thème « environnement sein
fondement pour un développement durable », qui a permis de
synthétiser les préoccupations des citoyens exprimées au niveau
régional et de préciser les domaines prioritaires pour la promotion
des actions de l’environnement et du développement durable dans le
pays.
La réunion du
comité national de consultation pour le développement durable établi
dans le cadre de l’élaboration du 11ème plan, constitue le second
processus de préparation de ce plan. Ce comité a tenu deux réunions
pour examiner les orientations du 11ème plan pour veiller à ce que
ces orientations soient conformes aux exigences du développement
durable selon la réalité du pays.
Sur la base des
informations et données recueillies à travers ces processus de
concertation et de consultation nationales et régionales, et tenant
compte de la vision commune pour le développement durable, le
processus d’élaboration de la stratégie nationale pour le
développement a été bâtit pour se prolonger durant l’année 2007, qui
est la première année du 11ème plan du développement économique et
social (2007-2011).
A l’échelle
régionale, le premier processus a permis d’élaborer les programmes
d’actions régionaux de l’environnement pour le développement durable
(PRE). Il s’agit de 24 programmes, un par région administrative du
pays, à l’élaboration duquel ont participé tous les acteurs et
parties concernés par le développement économique et social de
chaque région. Ces programmes furent examinés et adoptés par les
conseils régionaux de développement.
Le second
processus régional de participation au développement durable dans le
cadre des travaux de préparation du 11ème plan est effectué à
travers l’organisation dans chaque gouvernorat de la consultation
régionale sur « environnement sain fondamental pour un développement
durable ». Plus de 8000 participants ont pris part à ces
consultations régionales qui ont permis de mettre en relief les
principales préoccupations des citoyens et des acteurs en matière
d’amélioration de la qualité de la vie, de préservations des
ressources naturelles et de promotion sociale.
L'engagement sur la voie de l'application territoriale du
développement durable en Tunisie vient confirmer l'intérêt accordé à
ce domaine: une centaine de villes sont déjà impliquées
volontairement dans le processus d'élaboration d'agenda 21 local ,
et toutes les régions du pays (24 gouvernorats) viennent, selon une
approche participative, de finaliser leur programme régional de
l'environnement pour le développement durable qui les prépare à
présenter des actions et propositions concrètes et consensuelles à
faire inscrire parmi les priorités du 11ième
plan(2007-2011).
A
travers l'encouragement de la participation de la société civile à
la conception et au choix des priorités du développement, notamment
au niveau local d'une part, la stimulation des initiatives privées,
la promotion des secteurs dynamiques pour la croissance économique
et l'implication des structures régionales suite à une
décentralisation graduelle du processus de préparation de la
décision, d'autre part, la Tunisie soumet son développement aux
grilles de la bonne gouvernance.

Cette
politique de renforcement de la mise en œuvre des approches du
développement durable sectoriellement et territorialement vient
d'être confirmée par la création du ministère de l'environnement et
du développement durable depuis Novembre 2004.
Ce
nouveau département ministériel, en plus de son rôle d'animateur des
activités de la Commission Nationale du Développement Durable (CNDD)
en action depuis 1993, développe des programmes pour activer la mise
en œuvre des actions de protection de l'environnement,
d'amélioration de la qualité de la vie et de conservation des
ressources naturelles à travers une meilleure prise en compte des
exigences de l'environnement par les actions et programmes de
développement à tout les niveaux.
Cette
orientation se traduit par la mise au point de principes d'actions
qui préconisent et adaptent les approches du développement durable
aux réalités sectorielles et locales du pays; ceci nécessite
l'actualisation de l'Agenda 21 National sur la base des axes du
programme présidentiel de la Tunisie de demain(2005-2009) qui
définit les priorités du développement pour la prochaine période et
met en exergue les domaines d'action .pour une stratégie nationale
de développement durable en tant qu'outil d'orientation et de
planification pour le développement du pays pour le moyen terme.
A fin de
concrétiser les axes du programme présidentiel, le 11ième plan de
développement économique et social ( 2007-2011 ) a été conçu pour
assurer un meilleur ancrage du développement durable dans le pays.
Un important processus de consultation était mis à profit pour
élaborer le document d'orientation du 11ième plan. Ce processus
s'est appuyé, au niveau national, sur le comité consultatif sur le
développement durable établi par décret pour suivre les travaux
préparatoires de l'élaboration de ce plan, et au niveau régional à
travers des consultations régionales sur les orientations du 11ième
plan. Le document du 11ième plan et la décennie 2007-2012, intègre
les préoccupations de la mise en œuvre du développement durable dans
toutes ses parties en recommandant de:
- garantir
la durabilité de la croissance économique à travers des schémas de
développement économiques cohérents adaptés aux conditions des
ressources naturelles et humaines du pays et des exigences de
l'insertion du pays dans l'économie mondiale,
- élargir
la base économique du pays à travers la promotion de l'économie du
savoir qui valorise au mieux le savoir des ressources humaines sans
occasionner de pressions sur les ressources naturelles déjà
fragiles,
- orienter
les secteurs économiques traditionnels ( agriculture, industrie,
activités extractives, tourisme, transport ) de plus en plus vers
les modes de gestion les plus préservateurs des milieux naturels et
des écosystèmes en les encourageant à promouvoir les systèmes de
production les plus raisonnables écologiquement et les plus
profitables économiquement,
- œuvrer
pour réduire, sinon maintenir, le coût de la dégradation de
l'environnement à 2,1 % du PIB et ce en donnant la priorité aux
investissements publics dont le coût environnemental est le moindre,
Des outils
appropriés ont été déjà élaborés ou en cours de mise en forme pour
le suivi de l'application de ces recommandations par les différents
opérateurs du développement et pour l'identification des contraintes
qui gênent la mise en œuvre du développement durable au niveau
sectoriel et territorial; le Ministère de l'Environnement et du
Développement Durable qui abrite le secrétariat permanent de la CNDD,
assure le suivi de la mise en œuvre du développement durable dans le
pays.
Les
principes de cette politique du développement durable sont:
S'appuyer sur un citoyen responsable à haute capacité et un
professionnalisme réel
Intégrer l'environnement dans tous les secteurs de développement en
gardant en vu le nécessaire équilibre entre les moyens disponibles
et la complémentarité entre les secteurs , le création de nouveaux
secteurs prometteurs tout en garantissant l'équité de la
distribution des fruits du développement
Faire
participer toutes les parties concernées dans les processus de
préparation de la décision du développement
Assurer
une meilleure solidarité entre les catégories sociales et entre les
générations
Bien
définir les responsabilités de chaque partie impliquée dan l'œuvre
du développement en en assurant une bonne répartition selon les
capacités disponibles
Appliquer tant que c'est possible l'approche de prévention et celle
de précaution pour garantir le respect du droit du citoyen à un
environnement propre et des conditions de développement économique
et de promotion sociale sures