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LE PARC NATIONAL D'ICHKEUL  


Présentation générale

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C’est l’un des sites remarquables de la Tunisie et en Méditerranée. Le lac est classé comme site de RAMSAR, réserve de la Biosphère et patrimoine mondial de l’UNESCO.

Situé à 50 Km de Tunis dans le Gouvernorat de Bizerte, le Parc National de l'Ichkeul comprend trois sous-ensembles :

Un lac d'environ 90 Km² qui est surtout connu pour sa végétation de potamogéton pectinatus, principale source d'alimentation des oiseaux d'eau venant hiverner à l'Ichkeul. Le lac abrite également une importante population de poissons d'eaux saumâtres.
Des marais d'un peu moins de 30 Km² connus pour leur végétation de scirpes, principale nourriture des oies cendrées. Ils sont inondés une partie de l'année, alimentés par les oueds se déversant dans le lac et en liaison avec le niveau du plan d'eau.
Un jebel de 13 Km² :ce pointement calcaire contribue à la beauté des paysages et a une végétation caractéristique d'un climat humide méditerranéen où dominent oliviers et lentisques. La faune et la flore y sont très diversifiées.

C'est à l'hydrologie particulière de son système laguno-lacustre que le Parc National de l'Ichkeul doit en grande partie son originalité. En effet, en hiver le lac est alimenté en eau douce par six oueds alors qu'en été, lorsque son niveau baisse, l'eau de mer y pénètre par l'oued Tinja, via le lac de Bizerte. Sa salinité peut alors, avec l'évaporation, dépasser celle de l'eau de mer. Cette double alternance saisonnière de niveau d'eau et de salinité conditionne la végétation aquatique particulière, support nutritif de milliers d'oiseaux d'eaux migrateurs, faisant ainsi du Parc National de l'Ichkeul un des principaux sites d'hivernage des oiseaux d'eau du paléarticque occidental.

Comme la presque totalité des lagunes du pourtour du bassin méditerranéen, le système laguno-lacustre de l'Ichkeul est menacé par les effets de la pression socio-économique qui s'exerce sur lui. Le milieu est en effet en voie de profonde transformation du fait essentiellement de la construction de barrages dans le haut bassin versant (Joumine-Ghezala et Sejnane) qui vont permettre le contrôle de 46% du bassin versant et dériver un pourcentage nettement plus important des apports d'eau naturels vers l'Ichkeul. Cette réduction drastique des apports d'eau douce au lac va entraîner un déséquilibre du fonctionnement hydrologique du système lac-marais avec des risques de salinisation croissante des eaux et de disparition progressive de la végétation spécifique qui alimente les populations d'oiseaux d'eau.

A partir de 1989, une écluse a été construite à l'embouchure de l'oued Tinja au lac pour contrôler les apports d'eau douce et mieux gérer les échanges d'eau avec le lac de Bizerte.

 

 

 

 

 

 

Pour une gestion à long terme de l'Ichkeul :
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Afin de maîtriser cette situation délicate, apparemment conflictuelle entre environnement et développement, une étude a été élaborée avec comme objectif principal la recherche d'un mode de gestion du parc qui concilie de façon réaliste les besoins évolutifs du développement socio-économique régional et national avec les exigences des principaux écosystèmes. Cette étude a ainsi permis d'acquérir une meilleure connaissance de l'écosystème et des implications écologiques des différents aménagements et actions de développement de la région. Elle a dans un premier temps identifié les caractéristiques écologiques et biologiques du Parc National de l'Ichkeul et les mécanismes régissant son évolution et sa dynamique ainsi que les facteurs menaçant son équilibre écologique et leur impact.

Les outils mathématiques élaborés ont ensuite permis de systématiser cette connaissance et de vérifier la cohérence des hypothèses de travail formulées à partir des observations de terrain. Cette modélisation des différents phénomènes physiques et biologiques contrôlant le comportement du système lac-marais a donné corps à des outils de gestion et de prévision après intégration de nouvelles fonctionnalités en liaison notamment avec la réalisation des divers aménagements et les hypothèses d'exploitation de la ressource en eau et en y appliquant les conditions de persistance et d'équilibre des différents compartiments écologiques.

On obtient ainsi un outil d'aide à la décision en matière de choix relatifs au mode de gestion durable du lac et à la procédure de manœuvre de l'écluse de Tinja permettant de satisfaire les conditions de sauvegarde écologique du système lac-marais

L'étude a ainsi abouti à deux résultats principaux :


Au niveau régional, elle a proposé un Programme de Développement Economique et Social (PDES) qui identifie les principales orientations de développement que la région de Bizerte devrait adopter d'ici l'an 2015 pour satisfaire à la fois ses fonctions dans le cadre de la politique économique et sociale du pays et la sauvegarde de ses potentialités et milieux naturels dont l'Ichkeul.
Au niveau du Parc National de l'Ichkeul; un plan de gestion écologique optimale du parc qui s'inscrit dans la stratégie de développement est proposé. Il comporte trois composantes interdépendantes :

- Une procédure de gestion de l'écluse de Tinja, fondamentale car ce n'est qu'en agissant sur les niveaux d'eau et la salinité des eaux du lac que l'on pourra espérer recréer dans le lac et les marais des conditions favorables à la reconstitution des écosystèmes
- Un plan de gestion optimal des écosystèmes du parc avec des mesures de sauvegarde et des actions éventuelles de restauration
- Un programme de mesures d'accompagnement socio-économique

Les orientations du PDES sont actuellement prises en compte dans les actions de développement de la région. Il en est ainsi du développement rural intégré des zones amont du bassin versant ainsi que de l'assainissement des eaux usées des villes, mais surtout des programmations de la gestion des eaux dans la zone.

Le Plan Directeur des Eaux du Nord et de l'Extrême Nord a été réactualisé de façon à intégrer la gestion du Parc National de l'Ichkeul comme un consommateur d'eau à part entière. C'est ainsi que la gestion de l'ensemble des stocks a été reprogrammée en vue de la satisfaction de la totalité des besoins en eau, Ichkeul y compris. A partir de 2002, le barrage de Sidi El Barrak permettra l'amenée d'une partie des eaux mobilisées dans l'extrême nord (bassin de Zouara) vers le barrage de Sejnane afin de suppléer aux transferts d'eau en dehors du bassin versant de l'Ichkeul vers Tunis et d'autres régions allégeant par là-même la demande en eau pesant directement sur les barrages de Joumine et Sejnane et indirectement sur l'Ichkeul et d'autre part d'alimenter directement l'Ichkeul en cas de besoin.
Au niveau du parc lui-même, une partie des actions prévues dans le Plan de Gestion et jugées prioritaires ont été entamées, il s'agit en particulier :

De la gestion de l'écluse qui est manœuvrée annuellement et dont les périodes d'ouverture et de fermeture sont définies sur la base des résultats d'un modèle de prévision qui s'appuie sur le suivi des paramètres du milieu
D'actions de sauvegarde de la végétation des marais par une mise en défens intégrale des parties basses pour éviter que le surpâturage ne vienne aggraver les conditions difficiles aux quelles sont soumis les marais.
Du programme de suivi minimum des principaux paramètres physico-chimiques des eaux du lac et de son bassin versant qui permet d'alimenter une base de données continue nécessaire au suivi de l'évolution des écosystèmes. Il est également indispensable à la mise en œuvre du modèle de prévision qui permet d'établir annuellement les règles de gestion de l'écluse de Tinja.

 

 

 

 

 

 

Evolution récente de l'état des écosystèmes :
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L'examen des phénomènes enregistrés depuis la construction et la mise en service des barrages et l'action conjuguée des sécheresses observées à la fin des années 80 et au début des années 90 ont montré les risques auxquels il fallait s'attendre en dérivant encore plus d'eau du bassin de l'Ichkeul. La fragilité du parc qui était palpable dans les années 87-89 a atteint un degré important dans la période 93-95 et l'on a assisté à un écroulement conséquent des écosystèmes. C'est durant l'été 94 que l'on a enregistré les salinités les plus importantes qu'ait connues le lac (>70g/l) avec des niveaux d'eau particulièrement faibles. Ces conditions ne se sont pas améliorées durant l'année 94-95 compte tenu de la faible pluviométrie enregistrée cette année là.

Depuis 95-96 jusqu'en 99, les pluviométries assez abondantes alliées à la fermeture de l'écluse ont permis, sauf durant l'été 97 (l'année hydrologique 96/97 s'apparentant à celle de 93/94) de maintenir des niveaux de salinité pas trop élevés en été et pouvant descendre aux alentours de 15g/l en hiver sans descendre toutefois au dessous de 10g/l, condition limite pour une germination satisfaisante des potamots. Compte tenu de la faible pluviométrie enregistrée pour 99-2000, les conditions physico-chimiques du lac ont tendance à se dégrader à nouveau et l'écluse est restée ouverte en été 2000.

L'écluse sur l'oued Tinja a été fermée à trois reprises, quand les conditions de niveaux d'eau et de salinité s'y prêtaient, afin de faire en sorte qu'à la fin de l'été la salinité des eaux ne soit pas trop forte pour ne pas hypothéquer le comportement du système lac-marais l'année suivante.

Les résultats enregistrés ne sont pas aussi catastrophiques que l'on pouvait craindre, si l'on considère que la période 95-2000/2001 avec la mise en eau du barrage Sejnane et avant celle du barrage Sidi El Barrak a été identifiée comme la période la plus difficile à gérer pour l'écosystème. En effet, durant cette période, les volumes des apports sont réduits sans possibilités d'apports extérieurs au bassin versant et la gestion du lac est entièrement soumise aux aléas climatiques. (gestion écologique aléatoire).

Au niveau des compartiments de l'écosystème, cette détérioration des conditions physico-chimiques s'est traduite pour le lac par une forte régression de l'herbier à potamogéton. Quand il est présent, cet herbier est composé de pieds isolés et se situe essentiellement à proximité des embouchures des oueds au nord du lac avec de faibles recouvrements. On a constaté en fait une substitution de l'herbier de potamogéton pectinatus à l'ouest du lac par un herbier à ruppia cirrhosa peu présent jusque là et de valeur nutritive moindre pour les oiseaux. Néanmoins la présence établie de graines et de bulbes de potamogéton dans les sédiments des secteurs ouest et sud-est est une preuve que le milieu garde encore ses potentialités de développement. Ce résultat, confirmé par des essais de germination en laboratoire en présence d'eau douce, montre que la réapparition des herbiers de potamogéton reste possible si le milieu recouvre des conditions de salinités et de hauteur d'eau convenables. Dans les marais et à chaque saison humide, on a pu enregistrer une réapparition des scirpes, notamment dans les zones basses inondées.

Ces modifications de la végétation ont entraîné une diminution du nombre moyen des oiseaux d'eau hivernant à l'Ichkeul. Ce nombre fluctue selon les années, probablement avec les conditions d'alimentation présentes sur les lieux. La quasi totalité des espèces habituellement présentes est cependant recensée chaque année et, là aussi, selon les années, on peut confirmer la présence d'espèces initialement soupçonnées d'avoir disparu, comme la poule sultane.

Les chiffres de production de la pêche selon les engins a connu ces dernières années un rééquilibrage en faveur de la pêche aux filets dans le lac par rapport à la pêche à la bordigue probablement en liaison avec la fermeture de l'écluse certains étés. La production des anguilles reste depuis quelques années à un niveau faible bien que la fermeture de l'écluse quand elle est effectuée, ait lieu en dehors des périodes d'alevinage naturel des poissons et des civelles.

 

 

 

 

 

 

Perspectives d'évolution
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Avec la mise en fonction du barrage de Sidi El Barrak, la gestion de l'écluse ne sera plus uniquement dictée par les conditions pluviométriques de l'année en cours. De gestion écologique aléatoire on passera à une gestion écologique durable avec une procédure " d'écluse gérée " c'est à dire ouverte pendant des périodes limitées dans l'année conformément à des consignes prédéfinies. Les apports supplémentaires du Sidi El Barrak devraient en effet permettre d'assurer des apports d'eau vers le lac Ichkeul se maintenant durablement autour des besoins minimums en eau douce du lac correspondant aux volumes d'eau douce nécessaires pour la conservation de l'ensemble des compartiments biologiques du Parc et notamment les oiseaux et les poissons.

Pour la gestion d'un système tel que l'Ichkeul il n'existe pas de solution "presse-bouton". En effet, l'objectif qui est recherché pour la sauvegarde des écosystèmes ce n'est pas la satisfaction systématique chaque année des besoins biologiques de chacun de ses compartiments mais plutôt une certaine probabilité de les satisfaire sur une longue durée. Les zones humides en particulier sont des milieux très plastiques avec des capacités d'adaptation aux variations climatiques et physico-chimiques.

Les outils d'aide à la gestion développés durant l'étude en intégrant la dimension pluriannuelle de l'état des écosystèmes (effet de " mémoire " des écosystèmes) devraient permettre de faire face à cette dimension et cette complexité des exigences qu'implique l'équilibre écologique d'écosystèmes comme celui de l'Ichkeul.

Ces outils ont fait preuve jusqu'à présent d'une précision suffisante pour pouvoir gérer au mieux l'écluse de Tinja. Ils restent cependant perfectibles au fur et à mesure du développement des connaissances scientifiques mais aussi en rapport avec l'évolution des réponses des écosystèmes aux différentes options d'aménagement et de gestion. Ainsi, s'il est primordial de gérer l'écluse pour garantir des conditions de hauteur d'eau et de salinité favorables aux écosystèmes, il est tout aussi important d'effectuer un suivi des milieux et des programmes de recherche plus spécifiques pour mieux suivre et comprendre l'évolution et le comportement des différents compartiments afin d'en optimiser la gestion.