Evolution
récente de l'état des écosystèmes :
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L'examen des phénomènes enregistrés depuis la construction et la
mise en service des barrages et l'action conjuguée des sécheresses
observées à la fin des années 80 et au début des années 90 ont
montré les risques auxquels il fallait s'attendre en dérivant encore
plus d'eau du bassin de l'Ichkeul. La fragilité du parc qui était
palpable dans les années 87-89 a atteint un degré important dans la
période 93-95 et l'on a assisté à un écroulement conséquent des
écosystèmes. C'est durant l'été 94 que l'on a enregistré les
salinités les plus importantes qu'ait connues le lac (>70g/l) avec
des niveaux d'eau particulièrement faibles. Ces conditions ne se
sont pas améliorées durant l'année 94-95 compte tenu de la faible
pluviométrie enregistrée cette année là.
Depuis 95-96 jusqu'en 99, les pluviométries assez abondantes alliées
à la fermeture de l'écluse ont permis, sauf durant l'été 97 (l'année
hydrologique 96/97 s'apparentant à celle de 93/94) de maintenir des
niveaux de salinité pas trop élevés en été et pouvant descendre aux
alentours de 15g/l en hiver sans descendre toutefois au dessous de
10g/l, condition limite pour une germination satisfaisante des
potamots. Compte tenu de la faible pluviométrie enregistrée pour
99-2000, les conditions physico-chimiques du lac ont tendance à se
dégrader à nouveau et l'écluse est restée ouverte en été 2000.
L'écluse sur l'oued Tinja a été fermée à trois reprises, quand les
conditions de niveaux d'eau et de salinité s'y prêtaient, afin de
faire en sorte qu'à la fin de l'été la salinité des eaux ne soit pas
trop forte pour ne pas hypothéquer le comportement du système
lac-marais l'année suivante.
Les
résultats enregistrés ne sont pas aussi catastrophiques que l'on
pouvait craindre, si l'on considère que la période 95-2000/2001 avec
la mise en eau du barrage Sejnane et avant celle du barrage Sidi El
Barrak a été identifiée comme la période la plus difficile à gérer
pour l'écosystème. En effet, durant cette période, les volumes des
apports sont réduits sans possibilités d'apports extérieurs au
bassin versant et la gestion du lac est entièrement soumise aux
aléas climatiques. (gestion écologique aléatoire).
Au
niveau des compartiments de l'écosystème, cette détérioration des
conditions physico-chimiques s'est traduite pour le lac par une
forte régression de l'herbier à potamogéton. Quand il est présent,
cet herbier est composé de pieds isolés et se situe essentiellement
à proximité des embouchures des oueds au nord du lac avec de faibles
recouvrements. On a constaté en fait une substitution de l'herbier
de potamogéton pectinatus à l'ouest du lac par un herbier à ruppia
cirrhosa peu présent jusque là et de valeur nutritive moindre pour
les oiseaux. Néanmoins la présence établie de graines et de bulbes
de potamogéton dans les sédiments des secteurs ouest et sud-est est
une preuve que le milieu garde encore ses potentialités de
développement. Ce résultat, confirmé par des essais de germination
en laboratoire en présence d'eau douce, montre que la réapparition
des herbiers de potamogéton reste possible si le milieu recouvre des
conditions de salinités et de hauteur d'eau convenables. Dans les
marais et à chaque saison humide, on a pu enregistrer une
réapparition des scirpes, notamment dans les zones basses inondées.
Ces
modifications de la végétation ont entraîné une diminution du nombre
moyen des oiseaux d'eau hivernant à l'Ichkeul. Ce nombre fluctue
selon les années, probablement avec les conditions d'alimentation
présentes sur les lieux. La quasi totalité des espèces
habituellement présentes est cependant recensée chaque année et, là
aussi, selon les années, on peut confirmer la présence d'espèces
initialement soupçonnées d'avoir disparu, comme la poule sultane.
Les
chiffres de production de la pêche selon les engins a connu ces
dernières années un rééquilibrage en faveur de la pêche aux filets
dans le lac par rapport à la pêche à la bordigue probablement en
liaison avec la fermeture de l'écluse certains étés. La production
des anguilles reste depuis quelques années à un niveau faible bien
que la fermeture de l'écluse quand elle est effectuée, ait lieu en
dehors des périodes d'alevinage naturel des poissons et des
civelles.
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Avec
la mise en fonction du barrage de Sidi El Barrak, la gestion de
l'écluse ne sera plus uniquement dictée par les conditions
pluviométriques de l'année en cours. De gestion écologique aléatoire
on passera à une gestion écologique durable avec une procédure "
d'écluse gérée " c'est à dire ouverte pendant des périodes limitées
dans l'année conformément à des consignes prédéfinies. Les apports
supplémentaires du Sidi El Barrak devraient en effet permettre
d'assurer des apports d'eau vers le lac Ichkeul se maintenant
durablement autour des besoins minimums en eau douce du lac
correspondant aux volumes d'eau douce nécessaires pour la
conservation de l'ensemble des compartiments biologiques du Parc et
notamment les oiseaux et les poissons.
Pour
la gestion d'un système tel que l'Ichkeul il n'existe pas de
solution "presse-bouton". En effet, l'objectif qui est recherché
pour la sauvegarde des écosystèmes ce n'est pas la satisfaction
systématique chaque année des besoins biologiques de chacun de ses
compartiments mais plutôt une certaine probabilité de les satisfaire
sur une longue durée. Les zones humides en particulier sont des
milieux très plastiques avec des capacités d'adaptation aux
variations climatiques et physico-chimiques.
Les
outils d'aide à la gestion développés durant l'étude en intégrant la
dimension pluriannuelle de l'état des écosystèmes (effet de "
mémoire " des écosystèmes) devraient permettre de faire face à cette
dimension et cette complexité des exigences qu'implique l'équilibre
écologique d'écosystèmes comme celui de l'Ichkeul.
Ces
outils ont fait preuve jusqu'à présent d'une précision suffisante
pour pouvoir gérer au mieux l'écluse de Tinja. Ils restent cependant
perfectibles au fur et à mesure du développement des connaissances
scientifiques mais aussi en rapport avec l'évolution des réponses
des écosystèmes aux différentes options d'aménagement et de gestion.
Ainsi, s'il est primordial de gérer l'écluse pour garantir des
conditions de hauteur d'eau et de salinité favorables aux
écosystèmes, il est tout aussi important d'effectuer un suivi des
milieux et des programmes de recherche plus spécifiques pour mieux
suivre et comprendre l'évolution et le comportement des différents
compartiments afin d'en optimiser la gestion.