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LES PRESSIONS EXERCEES SUR LES SOLS: PROBLEMES GLOBAUX ET DEGRADATION  

En dépit de la sévérité des conditions climatiques, soit lors de fortes pluies, soit lors des années de sécheresse (importance de l'aridité), le facteur anthropique reste prédominant dans les principales perturbations des systèmes écologiques tunisiens.

Les différentes études de synthèse montrent que la perte en sol pour la Tunisie est située entre 20.000 et 23.000 ha (environ 0.5% des terres agricoles) chaque année. En tenant compte de l'estimation du volume des pertes en terres, d'ici 30 ans nous aurons perdu plus de 700.000 ha .

Nous avons toujours raisonné sur un potentiel "stable" en surface agricole utile de 5.000.000 ha. C'est un chiffre qui date de plus de 20 ans et il n'est plus valable dans l'examen de nos stratégies futures.

Les pertes en sols et le problème de la fertilité

L'effet érosion

La répartition générale des sols permet de distinguer que les forêts sont localisées sur les massifs des régions Nord et Sud de la Dorsale. Les maquis et les steppes de la Tunisie centrale et du Sud régressent devant l'extension de la céréaliculture et les nouvelles plantations arboricoles de Kasserine, Sidi Bouzid et le Kef. Comme nous l'avons signalé, les parcours se trouvent de plus en plus réduits et les périmètres irrigués (création nouvelle et extension autour des oasis traditionnelles) se développent.

Devant une association des divers processus de dégradation, liés à la fois au climat et à l'Homme, les pertes en sol restent considérables ces dernières décennies et on a pu dans une large mesure quantifier l'érosion hydrique au Nord et au Centre du pays (une moyenne de 10.000 ha/an). L'indice d'érosion potentielle qui montre les risques de dégradation des terres varie de 12 t/ha/an au Nord à moins de 10 t/ha/an au Sud soit l'équivalent de 10.000 ha de 3 cm d'épaisseur. Aussi et à partir de résultats de stations de mesure de l'érosion hydrique sur les terres cultivées en céréales associées à des pentes moyennes à fortes, nous avons constaté la grande sensibilité de ces terres à l'érosion (terres marneuses). Par contre les terres en jachère ou pastorales favorisent moins le ruissellement et la dégradation (matière solide) respectivement 15 fois et 3 fois moins.

Terres agricoles et emprise urbaine - Une vraie menace pour les prochaines décennies.

La Tunisie fertile présente un potentiel en sol utile estimé à 3.500.000 ha, le littoral détient presque la moitié du SAU tunisien et voit une sensible croissance démographique ces dernières années. Quelques exemples de densité illustrent l'extension horizontale.

Le littoral :

- Tunis............ 2238 hab/km2
- Ben Arous... 324 hab/km2
- Monastir.......
273 hab/km2

Par contre, les gouvernorats de l'intérieur présentent des densités plus faibles avec un gradient Sud-Nord .

- Tataouine......... 3 habi/km2
- Gafsa................26 hab/km2
- Zaghouan......... 43 hab/km2

L'évolution des processus d'urbanisation aux dépens de l'espace agricole est liée à la distribution entre monde rural et monde urbain à l'échelle du pays. Les facteurs prédominants sont les aspects socio-économiques et l'investissement des capitaux essentiellement qui se font dans les régions littorales attractives.

Le milieu récepteur des masses humaines (zones périurbaines) est composé de terres fertiles proches, associées parfois à des aménagements hydrauliques (périmètres irrigués, Oasis), mais aussi par certaines zones dangereuses à risque : zone inondable, lit d'oued, versants instables.

L'actuel Grand Tunis occupe environ 300.000 ha. En 1985 et d'après la carte de protection des terres agricoles (Ministère de l'Agriculture) il est composé de :
- 260.000 ha (forêts et terres agricoles).
- 24.000 ha (constructions et habitat).

Or en 1984 nous ne trouvions que 24.000 ha construits. Vers 1997 on en est à 32.000 ha traduisant une augmentation plus de 7.600 ha en 13 ans. Les grands perdants de cette invasion urbaine sont les périmètres publics irrigués et les forêts.

La densité moyenne brute était de 110 habitants / ha en 1975, actuellement, celle-ci est passée à moins de 90 habitants/ha : une forme de gaspillage des terres avec des constructions en horizontale. C'est surtout les sols des périmètres irrigués anciennement aménagés qui subissent les à-coups de l'urbanisation, associés aux problèmes de la salinisation et de l'hydromorphie.

La salinisation

Le développement des périmètres irrigués à travers tout le pays (plus de 300.000 ha) a conduit à une utilisation démesurée de l'eau ; plus de 120.000 ha sont localisés dans la Vallée de la Mejerda. Les eaux de bonne qualité, limitées, ont été attribuées en priorité à la consommation humaine. Les eaux chargées en sels des barrages ou des forages sont largement utilisées en irrigation aussi bien dans le Nord que dans, le Centre et le Sud ce qui a entrainé une forme de dégradation chimique : la salinisation secondaire et l'hydromorphie (Basse Vallée de la Mejerda, kairouanais, Sahel, les Oasis du Sud, Régim Maâtoug, Kébili, Tozeur).

En effet avec des sols à texture fine (Nord du pays) et une mauvaise perméabilité, il a été constaté une remontée de la nappe phréatique à eau salée et un engorgement des terres. Le faible drainage dans tous les milieux de l'agriculture irriguée est responsable en grande partie de cette forme de dégradation.

L'effort de l'Etat se manifeste par les grandes actions de réhabilitation des zones irriguées (réseau de drainage - infrastructure d'assainissement) plus de 30 % des périmètres irrigués. De même les nouvelles implantations de sondage en Tunisie Centrale et Méridionale contribuent dans une large mesure à combattre la diminution des apports d'eau dans un milieu aride (forte évaporation) et permettre le bon lessivage des sels.

Le matériel d'économie d'eau se développe de plus en plus avec des aides et subventions aux agriculteurs.