L'effet érosion
La répartition générale des sols permet de distinguer que
les forêts sont localisées sur les massifs des régions Nord
et Sud de la Dorsale. Les maquis et les steppes de la
Tunisie centrale et du Sud régressent devant l'extension de
la céréaliculture et les nouvelles plantations arboricoles
de Kasserine, Sidi Bouzid et le Kef. Comme nous l'avons
signalé, les parcours se trouvent de plus en plus réduits et
les périmètres irrigués (création nouvelle et extension
autour des oasis traditionnelles) se développent.
Devant une association des divers processus de dégradation,
liés à la fois au climat et à l'Homme, les pertes en sol
restent considérables ces dernières décennies et on a pu
dans une large mesure quantifier l'érosion hydrique au Nord
et au Centre du pays (une moyenne de 10.000 ha/an). L'indice
d'érosion potentielle qui montre les risques de dégradation
des terres varie de 12 t/ha/an au Nord à moins de 10 t/ha/an
au Sud soit l'équivalent de 10.000 ha de 3 cm d'épaisseur.
Aussi et à partir de résultats de stations de mesure de
l'érosion hydrique sur les terres cultivées en céréales
associées à des pentes moyennes à fortes, nous avons
constaté la grande sensibilité de ces terres à l'érosion
(terres marneuses). Par contre les terres en jachère ou
pastorales favorisent moins le ruissellement et la
dégradation (matière solide) respectivement 15 fois et 3
fois moins.
Terres agricoles et emprise urbaine
- Une vraie menace pour les prochaines décennies.
La Tunisie fertile présente un potentiel en sol utile estimé
à 3.500.000 ha, le littoral détient presque la moitié du SAU
tunisien et voit une sensible croissance démographique ces
dernières années. Quelques exemples de densité illustrent
l'extension horizontale.
Le littoral :
- Tunis............
2238 hab/km2
- Ben Arous... 324 hab/km2
- Monastir.......
273 hab/km2
Par contre, les gouvernorats de l'intérieur présentent des
densités plus faibles avec un gradient Sud-Nord .
- Tataouine......... 3 habi/km2
- Gafsa................26 hab/km2
- Zaghouan......... 43 hab/km2
L'évolution des processus d'urbanisation aux dépens de
l'espace agricole est liée à la distribution entre monde
rural et monde urbain à l'échelle du pays. Les facteurs
prédominants sont les aspects socio-économiques et
l'investissement des capitaux essentiellement qui se font
dans les régions littorales attractives.
Le milieu récepteur des masses humaines (zones périurbaines)
est composé de terres fertiles proches, associées parfois à
des aménagements hydrauliques (périmètres irrigués, Oasis),
mais aussi par certaines zones dangereuses à risque : zone
inondable, lit d'oued, versants instables.
L'actuel Grand Tunis occupe environ 300.000 ha. En 1985 et
d'après la carte de protection des terres agricoles
(Ministère de l'Agriculture) il est composé de :
- 260.000 ha (forêts et terres agricoles).
- 24.000 ha (constructions et habitat).
Or en 1984 nous ne trouvions que 24.000 ha construits. Vers
1997 on en est à 32.000 ha traduisant une augmentation plus
de 7.600 ha en 13 ans. Les grands perdants de cette invasion
urbaine sont les périmètres publics irrigués et les forêts.
La densité moyenne brute était de 110 habitants / ha en
1975, actuellement, celle-ci est passée à moins de 90
habitants/ha : une forme de gaspillage des terres avec des
constructions en horizontale. C'est surtout les sols des
périmètres irrigués anciennement aménagés qui subissent les
à-coups de l'urbanisation, associés aux problèmes de la
salinisation et de l'hydromorphie. La
salinisation
Le développement des périmètres irrigués à travers tout le
pays (plus de 300.000 ha) a conduit à une utilisation
démesurée de l'eau ; plus de 120.000 ha sont localisés dans
la Vallée de la Mejerda. Les eaux de bonne qualité,
limitées, ont été attribuées en priorité à la consommation
humaine. Les eaux chargées en sels des barrages ou des
forages sont largement utilisées en irrigation aussi bien
dans le Nord que dans, le Centre et le Sud ce qui a entrainé
une forme de dégradation chimique : la salinisation
secondaire et l'hydromorphie (Basse Vallée de la Mejerda,
kairouanais, Sahel, les Oasis du Sud, Régim Maâtoug, Kébili,
Tozeur).
En effet avec des sols à texture fine (Nord du pays) et une
mauvaise perméabilité, il a été constaté une remontée de la
nappe phréatique à eau salée et un engorgement des terres.
Le faible drainage dans tous les milieux de l'agriculture
irriguée est responsable en grande partie de cette forme de
dégradation.
L'effort de l'Etat se manifeste par les grandes actions de
réhabilitation des zones irriguées (réseau de drainage -
infrastructure d'assainissement) plus de 30 % des périmètres
irrigués. De même les nouvelles implantations de sondage en
Tunisie Centrale et Méridionale contribuent dans une large
mesure à combattre la diminution des apports d'eau dans un
milieu aride (forte évaporation) et permettre le bon
lessivage des sels.
Le matériel d'économie d'eau se développe de plus en plus
avec des aides et subventions aux agriculteurs.